Entre la crise de l’endettement souverain et l’accumulation de sinistres d’une ampleur inédite, cette rentrée 2011 amène à s’interroger sur le modèle traditionnel de la réassurance. Doit-il être réinventé ? Un jour, peut-être. En attendant, les réassureurs font le dos rond.
Les news
Scor actualise son plan stratégique mais garde le cap
Par La rédaction, LE 12 septembre 2011, 08:09
Malgré les turbulences du premier semestre 2011, Scor garde le cap fixé en 2010, précisément lors des Rendez-vous de septembre de Monte-Carlo : « Il y a tout juste un an, j’ai présenté le plan Strong Momentum 2010-2013, a expliqué Denis Kessler, PDG du groupe dimanche 11 septembre. Nous restons pleinement engagés dans la réalisation des quatre principaux objectifs de ce plan stratégique : la solidité du fonds de commerce, une appétence au risque contrôlée, la diversification dans la réassurance et la protection du capital. »
Ce plan a d’emblée été présenté comme étant flexible. Compte tenu des conditions de marché, deux de ses douze volets ont ainsi été ajournés : l’extension du portefeuille accident (expand casualty portfolio underwriting) et le soutien aux fonds de pension européens (support european pension funds). En revanche, deux initiatives qui n’avaient pas été programmées ont été engagées : un nouvel accord avec le Lloyds (new Lloyds syndicate) et le lancement d’offres dommages (private P&C deals). Surtout, Scor a finalisé une acquisition majeure : Transamerica Re, le portefeuille réassurance de l’assureur américain, ce qui fait revenir Scor dans le Top 5 des réassureurs mondiaux, avec des primes brutes émises (gross written premium) qui devraient atteindre 8,6 milliards d’euros fin 2011 (6,7 milliards en 2010). Objectif affiché : passer le cap des 10 milliards en 2013.
Denis Kessler n’a pas caché sa déception de n’avoir décroché, une fois encore, qu’un simple A de la part des trois grandes agences de notation (Fitch, Moody’s et Standard & Poors). Avec un niveau d’appétence au risque qualifié de « moyen » et une « diversification contrôlée », le groupe veut proposer à ces clients une sécurité de niveau AA.
En tout état de cause, il poursuit le déploiement de son plan stratégique dont les quelques infléchissements ne constituent pas une version 2 : « Nous sommes sur une version 1.1 de Strong Momentum, explique Denis Kessler. Nos trois priorités n’ont pas changé : optimiser notre profil de risque, atteindre un bon niveau de sécurité et augmenter la rentabilité. »
Directeur général de Scor Global P&C, qui représente aujourd’hui 55% des primes émises par le groupe (45 % pour Scor Global Life), Victor Peignet voit « de nombreux signes positifs » tendant à prouver que « nous sommes dans la bonne direction. » Sa stratégie de protection du capital pourrait lui permettre, en 2011, d’absorber deux catastrophes d’une ampleur similaire à celle du Japon sans enregistrer de pertes.
Munich Re cartographie les risques d’accumulation
Par La rédaction, LE 11 septembre 2011, 14:09
CARE (Complex Accumulation Risk Explorer) : tel est le nom de ce nouveau logiciel conçu par Munich Re et présenté en exclusivité à Monte-Carlo à l’occasion des Rendez-vous de Septembre. L’objectif de cet outil est de parvenir à une analyse qualitative et quantitative du risque d’accumulation et d’en réduire ainsi la complexité. « Pour concevoir CARE, nous avons fait appel à de nombreux experts et chercheurs universitaires dans des disciplines les plus diverses », explique Torsten Jeworrek, membre du directoire de Munich Re. Le principe consiste à lister les événements et à y raccorder systématiquement leurs conséquences directes et indirectes. Une appréhension du risque qui pourrait permettre de mieux évaluer leur couverture. Munich Re n’est pas la première compagnie d’assurance ou de réassurance à pointer du doigt la complexification des risques en raison d’une interdépendance planétaire des acteurs et de leurs actions. Le tremblement de terre au Japon et ses conséquences dramatiques ne font que renforcer cette perception dont l’origine est sans doute à rechercher du côté de l’attentat du 11 septembre 2001.
Vague de nominations chez CCR
Par La rédaction, LE 11 septembre 2011, 14:09Jean-Paul Burdeau, directeur de la souscription vie et assurances de personnes de Caisse Centrale de Réassurance (CCR) depuis 2004, succède à Loïc Roccon en qualité de directeur du service vie et assurances de personnes.
Loïc Roccon est nommé en tant que chargé de mission auprès de Marc Hannebert, directeur général adjoint en charge de la réassurance de marché de CCR.
Patrick Delalleau, directeur de la zone traités Europe de CCR, se voit confier également la fonction de directeur du portefeuille Traités non vie. Rattaché à Marc Hannebert, il aura en charge l’élaboration et le suivi de la politique de souscription.
La facture d’Irène moins lourde que prévue
Par La rédaction, LE 11 septembre 2011, 14:09
Depuis Katrina en 2005, de sinistre mémoire pour les Américains et pour les (ré)assureurs, aucun ouragan n’avait fait trembler à ce point l’Amérique et la « planète finances ». Comme toujours en pareille situation, les estimations les plus floues circulent. Du simple au triple, rien n’est sûr. Malgré tout, l’ouragan Irène, rétrogradé en tempête tropicale dans la journée du dimanche 28 août, a provoqué de nombreux dommages, et semé la panique jusque dans les milieux financiers, en raison de la place centrale de la bourse de Wall Street, pas franchement au mieux de sa forme ces derniers temps… Côté assureurs et réassureurs, la vigilance était aussi à son comble, après un premier semestre 2011 déjà plombé par les catastrophes au Japon, en Australie et en Nouvelle-Zélande, qui se sont traduites par des pertes nettes pour nombre d’entre eux. Au final, bien que salée, la facture « d’Irène » s’annonce en tout cas, a priori, parfaitement gérable pour le marché. Selon la société de modélisation Eqecat, la note serait ainsi comprise entre 200 M$ et 400 M$ (entre 138 et 276 M€) pour les seuls dommages couverts par les assurances dans les états de Caroline du Nord et du Sud. Ce qui ne constitue qu’une estimation fragmentaire des dommages assurés, à reporter aux 10 Md$ de dommages évoqués par certaines sources, imputables notamment aux inondations après le passage d’Irène sur New-York et ses banlieues. Le gouverneur du New-Jersey allait même, dimanche 28 août, jusqu’à évoquer des dommages qui se montraient « à des milliards de dollars ou même à des dizaines de milliards de dollars ». Selon la société de modélisation Kinetic Analysis, le coût d’Irène pourrait ainsi s’établir entre 5 à 10 Md$. Bref, il est trop tôt pour avoir un bilan chiffré précis du passage d’Irène, qui avant même de frapper New-York, avait fait des victimes et causé des dommages sur sa trajectoire et la fourchette reste, pour l’heure, très large. Ce qui est sûr, c’est qu’à chaque fois le même débat resurgit. Alors que l’incurie et la désinvolture du gouvernement Bush au moment de l’ouragan Katrina, le 29 août 2005 (dont le bilan a été très lourd : 1 836 morts et 71 Md$ de dommages pour les assureurs et réassureurs), avaient suscité une réaction indignée de la part des Américains et de la communauté internationale, cette fois il est reproché aux autorités d’avoir voulu trop en faire en déclarant l’état d’urgence, en évacuant des millions d’habitants, et en neutralisant les transports en commun et les vols internationaux au départ ou à l’arrivée de New-York ! Ce qui engendrera aussi des frais pour les (ré)assureurs…
Les agences de notation saluent la robustesse de la réassurance
Par La rédaction, LE 11 septembre 2011, 14:09
Malgré les catastrophes du premier semestre 2011 qui ont légèrement entamé le surplus de capital des réassureurs, et quelques facteurs d’incertitude pour la suite, Moody’s, Fitch et Standard & Poor’s soulignent la robustesse du secteur. Un signal positif à la veille des Rendez-Vous de Septembre, manifestation qui réunira à Monte-Carlo toute la réassurance à partir du samedi 10 septembre.
Bien que souvent décriés, y compris par les acteurs eux-mêmes, les avis des agences de notation restent très attendus par l’ensemble du marché avec, sinon appréhension, en tout cas attention. Autant dire que les signaux relativement positifs sur le secteur de la réassurance envoyés par les principales agences, à quelques jours de l’ouverture des rendez-vous internationaux du secteur à Monte Carlo, sont les bienvenus, a fortiori dans un contexte macro-économique et financier où les mauvaises nouvelles s’accumulent jour après jour… !
Moody’s a ainsi revu son appréciation de l’avenir à moyen terme de la réassurance, en rehaussant la perspective du secteur de «négative» à « stable ». L’agence observe qu’en dépit de l’enchaînement d’événements naturels importants au premier semestre (dont le coût total de dommages assurés est estimé par Standard & Poor’s à 60 Md$), qui ont consommé le budget annuel cat’ de certains réassureurs, les hausses de tarifs obtenues par les réassureurs dans les zones et les branches concernées par cette sur-sinistralité sont positives et signes de la bonne discipline de souscription des principaux acteurs. Quant aux autres zones et branches, les tarifs n’ont pas faibli.
Tout en soulignant que le second semestre sera déterminant, notamment en raison de la saison cyclonique en cours aux Etats-Unis, Moody’s anticipe donc des renouvellements au 1er janvier 2012 stables au plan des tarifs, avec des hausses très ciblées en fonction de la sinistralité, rendues d’autant plus nécessaires, selon les analystes de l’agence, que les prix de la rétrocession devraient eux aussi se durcir. Un avis que ne partage pas tout à fait Standard & Poor’s (qui maintient la perspective du secteur à « stable »), qui estime qu’une baisse des tarifs pour 2012 est possible en cas de deuxième semestre sans événement majeur qui remette en cause le niveau de fonds propres des réassureurs. L’agence prévient en outre qu’il y aura sûrement des « perdants » et des « gagnants » à l’issue de l’année, et que les prévisions de résultats de certains réassureurs pourraient être moins élevés qu’annoncés pour l’exercice 2011. « Les augmentations tarifaires que nous avons observées ne sont pas suffisantes pour retourner l’ensemble du marché ; certaines sont même insuffisantes au regard des risques souscrits », explique Standard & Poor’s.
La probabilité d’une baisse des tarifs est abondée par Fitch (perspective également « stable » sur le secteur) qui, en raison du ralentissement économique dans la plupart des marchés matures, anticipe une baisse de la demande en assurance directe, qui se répercuterait sur la demande de réassurance. Bref, « jusqu’ici tout va bien », selon la formule consacrée, et le secteur est suffisamment capitalisé pour encaisser encore quelques chocs d’ici à la fin de l’année. Tout dépendra de l’intensité et de la fréquence de ces événements, et de l’orientation que prendront les marchés financiers et l’environnement économique dans les prochains mois. Car, malgré tout, comme le souligne Standard & Poor’s, si les réassureurs ont pu compter ces cinq dernières années sur leurs réserves pour soutenir leurs résultats, cette pratique risque d’être de plus en plus difficile…
Catherine Dufrêne



