« Comment appréhender les incertitudes qui planent sur le marché de l’assurance et de la réassurance de personnes en France ? » Cette question, en phase avec les interrogations des professionnels réunis à Réavie, était au centre de la plénière de vendredi matin. D’emblée, Jean-Michel Charpin, ancien directeur général de l’Insee et inspecteur général des Finances et président du groupe de travail « Perspectives démographiques et financières de la dépendance », a déclaré que la crise actuelle sera, « comme toute crise d’endettement, longue à traiter ». A cet égard, il a souligné la contradiction majeure entre ces délais et l’impatience des marchés.
Si cette tension sur les dettes souveraines est préoccupante, Pierre-Alain de Malleray, directeur général de MutRé SA et président du comité vie de l’Apref, ne croit pas pour autant à un risque de crise systémique. Il note que l’inflation préoccupe les réassureurs, mais que les assureurs vie ne sont pas trop fragilisés malgré la baisse de la collecte. L’inflation est aussi le premier risque pour la santé et la prévoyance, estime Christian Schmidt de la Brélie, directeur général du groupe de protection sociale D&O. « Nous avons peut-être mangé notre pain blanc ces dernières années », a-t-il estimé. Mais même si elle constitue une source de préoccupation pour la profession, on ne peut pas résoudre la crise de la dette sans une dose d’inflation, a insisté Jean-Michel Charpin.
Au chapitre des réformes accomplies et à venir, un consensus s’est dessiné entre les intervenants. A ce jour, la France a fait des réformes qui se situent tout à fait au niveau de celles réalisées dans d’autres pays. Mais tous ont dans leur ligne de mire l’échéance présidentielle, et craignent que l’effet des « 100 jours » ne parasite, par exemple pour les retraites, le rendez-vous prévu en 2013. « Les réformes doivent être préparées et négociées. Ce n’est pas dans les 100 premiers jours qu’on agit le mieux, comme on l’a vu en 1981 ou en 2007 », a relevé Jean-Michel Charpin, faisant notamment allusion à la loi Tepa.
Les intervenants se sont en revanche montrés plus sceptiques sur la capacité de la France à réformer son système de santé, qualifié d’« assez luxueux », au 2ème rang mondial derrière les Etats-Unis, en termes de dépenses rapportées au PIB. Malgré un manque d’efficacité, le système de santé fonctionne assez bien. Plus de s’engager dans des réformes structurelles, « il est plus important d’éviter les dérives qui font les choux gras de la Cour des comptes », a souligné Christian Schmidt de la Brélie, en référence aux attaques régulières des pouvoirs publics contre les exonérations fiscales et sociales dont bénéficie la protection sociale complémentaire.
Enfin, en matière de dépendance, le report de la réforme – perçu par certains comme un abanbon – est analysé plutôt comme une opportunité pour une profession qui n’aime rien moins que le manque de visibilité. « Depuis 2007, on nous annonçait chaque année des réformes urgentes et immédiates. Maintenant, on sait qu’il ne va rien se passer avant 2013. On peut donc imaginer que de nouvelles offres vont apparaitre et que le marché va apparaître dans les deux prochaines années », a expliqué Pierre-Alain de Malleray.
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Christian Germain, directeur général de CCMO mutuelle
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Les Français craignent la pénurie de généralistes
Par La rédaction, LE 13 octobre 2011, 17:10Pour 58% des Français, la première menace qui pèse sur le système de santé dans l’avenir est la pénurie de médecins généralistes. Une crainte qui arrive devant le manque de financement public (53%), une préoccupation qui vient largement en tête dans d’autres pays tels que l’Espagne, la Grande-Bretagne ou encore l’Italie. C’est l’un des enseignements qui ressort de l’édition 2001 du baromètre réalisé depuis 2006 par CSA sur la relation des citoyens européens à l’égard de leurs système de santé, à l’initiative d’Europ Assistance et du Cercle santé société. Un résultat surprenant dans la mesure où la Cour des comptes révélait récemment que la France est l’un des pays ayant la plus forte densité médicale. Néanmoins, les patients sont effectivement confrontés dans plusieurs départements à une véritable désertification médicale, ce qui renvoie bien évidemment à la sensible question de la répartition des professionnels de santé.
Cet imposant sondage mené dans neuf pays de l’Union européenne et pour la première fois aux Etats-Unis, présenté lors de Réavie, montre également une vive préoccupation sur les problématiques d’égalité sociale dans l’accès aux soins. De fait, hormis en Espagne et en Grande-Bretagne, dans tous les autres pays, les personnes interrogées estiment que leur système de santé ne garantit pas cette égalité. Mais les opinions divergent sur les solutions à apporter puisque 73% des Suédois sont favorable à une augmentation des impôts ou des cotisations obligatoires pour combattre ces discriminations, alors que 84% des Italiens y sont opposés. A noter que les Américains sont très partagés sur cette question.
Cela dit très concrètement, c’est en France que ce problème d’égalité paraît le plus criant puisque 29% de la population dit avoir reporté ou renoncé à des soins en raison de difficultés financières. Seule la Pologne affiche un taux plus élevé de 36%, les Etats-Unis se situant juste derrière nous avec un chiffre de 25%. Et qui plus est, ce taux de renoncement aux soins a fortement augmenté dans l’Hexagone puisqu’il était de 11% en 2009 et de 23% en 2010.
Cela dit, en France, ce renoncement aux soins concerne surtout le dentaire et les lunettes. Deux postes « qui ne sont pas perçus comme des soins médicaux dans d’autres pays », souligne Hélène Chevalier, directrice du département santé au sein de l’Institut CSA, qui met également en avant toute la problématique des dépassements d’honoraires. Révélé voilà quelques semaines, ce chiffre de 29% « n’a pas suscité de réaction du gouvernement », s’étonne Nicole Rochat, directrice marketing et communication d’Europ assistance.
Mais il ne fait aucun doute que ce taux important de renoncement aux soins devrait être largement repris lors de la campagne électorale pour les élections présidentielles, puisque plusieurs candidats à la primaire socialistes n’ont pas manqué de l’évoquer comme point noir du bilan de l’actuelle majorité. Comme devrait être également repris d’ailleurs le débat sur l’installation des professionnels de santé, le Parti socialiste préconisant des solutions contraignantes à l’opposé de l’actuelle politique d’incitation défendue par Xavier Bertrand.
François Limoge