Les congressistes de Patrimonia n’auront pas perdu leur temps, ce matin, en assistant à la conférence inaugurale sur l’emballement des marchés financiers.
Pas de langue de bois. La classe politique, les hedges funds et les banques ont été les cibles des trois débatteurs invités, l’économiste Karine Berger, l’ancien trader Marc Fiorentino, directeur associé de AlloFinance.com, et le président de NYSE Euronext Dominique Cerutti. L’instabilité économique est due à un double défaut de maîtrise des gouvernements, sur les phénomènes spéculatifs et sur l’endettement de leur pays, ont-ils expliqué en substance. Leurs solutions sont radicales. “Il faut une régulation extrêmement forte et couper le lien entre les banques d’investissement et les banques de dépôt, ce qui aurait dû être déjà fait en 2008″, a proposé Karine Berger. Les banques européennes ayant utilisé les aides publiques à des fins spéculatives, elles doivent à présent “faire la vérité sur la valeur de leurs bilans”. “Il leur faut admettre que certains de leurs actifs ne sont pas correctement “pricés” et que les pays ne pourront pas rembourser intégralement”, a-t-elle tranché. “La valeur de la dette grecque est passée de 100 à 40. Celle de l’Irlande vaut 70, celle de l’Espagne 80, celle de l’Italie 95. Comment le sait-on ? Par la cotation des produits dérivés de couverture (CDS), qui permettent de savoir leur prix”. Elle a cité l’exemple d’Axa, qui a coté la dette grecque à 40 % de sa valeur.
Dominique Cerutti, président de NYSE Euronext, s’en est pris au fonctionnement holistique des 9 000 hedges funds et à l’opacité des transactions boursières : “En Europe, nous n’avons toujours pas de régulation centralisée pour les 132 places différentes qui traitent les échanges d’actions”.
Marc Fiorentino, directeur associé de Allofinance.com, était le plus remonté des trois débatteurs sur la responsabilité de la classe politique française et européenne, “largement incompétente”. “Qu’attendent-ils ? J’ai l’impression d’être à une table du Titanic, mon voisin me demandant le sel tandis que le bateau coule. Il faut restructurer la dette, puis réajuster les dépenses aux revenus”.
